Intervention de Philippe Paliard - Conseil municipal du 02/10/2025
Rapport activité et Compte administratif 2024 de Grenoble-Alpes Métropole
Partie censurée incluse. Suite à l’interruption de l’intervention de Philippe Paliard, notre présidente de groupe Hélène Besson Verdonck a fait part de notre regret de ne pouvoir, sur des sujets importants tels que Grenoble-Alpes Métropole, permettre à chacun d’exprimer au sein du Conseil Municipal ses opinions, constats et propositions, pourtant garants d’un réel débat entre élus.
Philippe PALIARD
Conseil Municipal du 2 Octobre 2025
Chers collègues,
J’ai pris connaissance comme vous du rapport d’activité et du Compte Administratif 2024 de la Métropole.
Nous sommes déjà dans le dernier trimestre de l’année 2025. Il me semble regrettable que ce compte-rendu intervienne si tardivement. Je pense que notre assemblée municipale devrait discuter plus régulièrement des sujets qui ont trait à notre Métropole, et son impact sur notre commune.
Evidemment, le rapport d’activité brosse un portrait enthousiaste et élogieux de l’activité 2024. Je peux comprendre que la Métro défende son action.
Mais il y a beaucoup de sujets qu’elle n’aborde pas, ou trop partiellement.
Il ne s’agit pas de dire que tout va mal. Les efforts faits pour la rénovation des logements, avec le dispositif MurMur notamment, doivent être soutenus et encouragés. Je me réjouis, mais malheureusement je sais que ce n’est pas partagé par tous, que notre bassin grenoblois continue à être une référence pour l’innovation et les nanotechnologies. Des acteurs formidables, des industriels, des commerçants, des élus et des associations mettent toutes leurs énergies au rayonnement de notre agglomération. Nous pouvons tous nous en féliciter.
Mais au-delà des slogans, des promesses électorales (parfois non tenues) et des grandes déclarations, la réalité vécue par les habitants est souvent bien différente : celle d’une métropole éloignée de leurs préoccupations, en difficulté financière, minée par l’insécurité, et engagée dans une politique de densification urbaine qui dégrade notre cadre de vie au lieu de l’améliorer.
I-Le bilan
- Les difficultés financières : un endettement mal maîtrisé
Grenoble-Alpes Métropole a vu ses finances se dégrader au fil des années.
Les causes ? Une combinaison de choix politiques et d’absence de rigueur budgétaire.
Des projets mal calibrés, trop coûteux, comme certains grands équipements publics dont l’entretien dépasse désormais nos moyens. Le nouveau siège de la Métropole, initialement chiffré à 43Millions d’Euros, présente une facture qui dépasse aujourd’hui les 108 Millions d’euros ! Nous nous plaignons régulièrement dans cette assemblée que certains projets glissent… ce n’est plus un glissement, c’est une avalanche !
Résultat : un endettement qui pèse lourdement sur notre avenir. La dette tous budgets de la Métropole atteint presque 900 millions d’euros !
Si la Métro était gérée comme la Région Auvergne Rhône-Alpes…
Je vais comparer ici deux collectivités dont les champs de compétence sont différents. J’ai donc bien conscience des limites de cet exercice. Néanmoins, le budget de la Région, c’est à peu près 5 fois le budget de la Métropole. Si je divise par 5 le budget de la Région pour que les budgets de fonctionnement soient comparables :
- 60 Millions d’euros supplémentaires seraient investis chaque année dans la Métropole
- La Métropole aurait 300 Millions d’euros de dette en moins.
La comparaison me semble d’autant plus pertinente que les deux collectivités ont été créées en 2015, il y a dix ans. Et à ce moment-là, les capacités de désendettement pour ces deux collectivités étaient similaires, d’environ 7 ans. En Auvergne-Rhône-Alpes, la bonne gestion a permis de désendetter la collectivité et diminuer cet indicateur en-dessous de 3 ans. Dans la Métropole Grenobloise, la mauvaise gestion, les projets avalanches ont prolongé la capacité de remboursement de la dette à presque 9 ans.
Comme vous le savez, chaque euro consacré aux intérêts de remboursement de la dette est un euro en moins pour nos communes, pour les transports, pour le développement et le maintien de nos industries, pour la transition énergétique.
Depuis que je suis élu régional, je rencontre beaucoup de monde dans la Métropole, notamment des élus. J’ai rencontré plusieurs fois le président Ferrari, mais aussi d’autres membres de l’exécutif et plusieurs élus de la Majorité.
J’ai été effaré d’entendre, de la bouche d’élus de la Majorité métropolitaine, que les baisses de dotation de l’Etat n’étaient finalement pas une mauvaise chose, car cela allait ralentir ou mettre fin à certains projets idéologiques ! Je parle là d’élus de la Majorité, qui ont donc voté ces projets !
C’est pour moi le marqueur d’une institution aujourd’hui paralysée par les tensions politiques qui existent au sein de sa Majorité, sans vision, sans cap, tant à ce point qu’elle n’est plus au service des communes, alors que c’est là sa raison d’être.
- L’insécurité
La sécurité est un droit fondamental. Pourtant, comme nous le savons tous, plusieurs quartiers de l’agglomération sont minés par l’insécurité.
Je ne peux pas me résoudre à faire grandir mes enfants dans un endroit où l’on devrait accepter que l’on puisse recevoir une balle perdue à tous moments.
Des immeubles transformés en points de deal. Des violences répétées, qui obligent même des institutions comme l’Université Grenoble-Alpes à envisager de se retirer de certains secteurs. Des familles qui n’osent plus sortir le soir, des commerçants découragés, des jeunes piégés dans des trafics.
Face à cela, que fait la Métro ? Trop peu. Les politiques de prévention sont insuffisantes, et la coordination avec l’État, la justice et la police est mal assurée. Le résultat, c’est une dégradation de notre qualité de vie bien sûr, mais aussi de l’image de Grenoble, tristement connue comme l’une des agglomérations les plus touchées par l’insécurité en France.
Et cela nous concerne tous, nous le savons bien. Nous avons un potentiel exceptionnel. Nous attirons des talents qui viennent de toute l’Europe et parfois du monde entier pour travailler sur nos équipements comme le Synchrotron.
La réalité, c’est que notre solde démographique est aujourd’hui négatif, plus de personnes quittent l’agglomération que d’autres n’y rentrent.
Et cela mine notre dynamisme ! Un exemple personnel : je suis aujourd’hui le responsable d’une entreprise innovante à Fontaine dans le domaine de la physique des particules. Je recrute des scientifiques qui viennent parfois des meilleurs laboratoires de France et d’Europe. Une de mes salariées, recrutée à l’école Polytechnique, est repartie en région parisienne car elle m’expliquait ne plus vouloir contourner certains quartiers de Grenoble en rentrant chez elle le soir !
Nous ne pouvons plus continuer comme cela, et nous devons tous agir.
- La densification urbaine, une erreur sociale et une mauvaise solution pour l’environnement
La densification urbaine est pour nous une erreur.
La Métro a choisi la densification urbaine comme boussole unique, au nom de la lutte contre l’étalement urbain.
Mais dans les faits, c’est une politique brutale, qui multiplie les immeubles, concentre la population dans des quartiers déjà fragiles, et sacrifie la qualité de vie des habitants.
Nos espaces verts sont remplacés par du béton. Des arbres sont coupés pour construire des éco-quartiers, immenses hypocrisies sémantiques construites en pompant des milliers de mètre cubes d’eau dans nos sols.
Cette urbanisation accentue les problèmes d’insécurité au lieu de les résoudre.
Grenoble, première ville verte de France, est devenue le premier îlot de chaleur urbain de France.
Les habitants fuient certains quartiers qui perdent toute attractivité. Au village olympique, un logement sur 6 est vide. A la Villeneuve, un logement sur 4 !
Certes, les demandes de logements sociaux restent élevées. Mais plus de la moitié des demandes proviennent d’habitants qui souhaitent quitter leur logement actuel !
Au lieu d’améliorer le quotidien, cette densification l’aggrave. Les habitants étouffent, perdent leurs repères, abandonnent certains quartiers et une faille béante s’installe entre les élus et les citoyens.
II-Quelles alternatives ?
Face à ce constat, je ne veux pas rester dans la critique. Je vous propose cinq mesures concrètes qui auraient pu – et qui pourraient encore – remettre Grenoble-Alpes Métropole sur de bons rails.
*Note : à ce moment précis, il m’est demandé par le maire d’Eybens de mettre fin à mon intervention. Voici donc ci-après les propositions que je n’ai pas pu exprimer publiquement lors de ce conseil.
- Instaurer une règle d’or financière pour contenir la dette
La Métro doit se fixer une règle simple : ne pas emprunter plus que sa capacité réelle de remboursement.
Cela suppose de geler temporairement certains investissements pharaoniques : comment peut-on comprendre que 26 millions d’euros aient pu être envisagés pour la ChronoVélo 4 Grenoble Eybens ? Comment avez-vous pu promettre ce projet aux Eybinois il y a cinq ans ? Nous sommes tous d’accord pour accompagner le développement des pistes cyclables, mais pas à n’importe quel prix.
Une règle d’or budgétaire éviterait que chaque génération repousse sur la suivante le poids de ses erreurs.
Il nous faudra hiérarchiser en donnant la priorité aux compétences premières de la Métropole. Services publics essentiels, transports, traitement des déchets, économie et sécurité.
En parallèle, certaines dépenses de prestige ou projets mal rentabilisés doivent être suspendus ou revus.
- Renforcer la sécurité par une action métropolitaine coordonnée
Il ne suffit pas de renvoyer la responsabilité à l’État. Nous ne pouvons plus laisser les communes agir seules, car ce qui se passe à Grenoble ou Echirolles transpire aussi à Eybens. Notre Métro peut agir, par sa compétence politique de la ville et prévention :
- améliorer l’éclairage public,
- soutenir des polices municipales et intercommunales mieux équipées,
- mettre en place des services de proximité pour rétablir la tranquillité dans les quartiers sensibles,
- investir dans la vidéosurveillance ciblée.
Et quand je dis cela, je ne parle pas de la vidéoverbalisation pour faire payer des amendes aux contrevenants à la ZFE, mesure pourtant promise pour 2026 par Pierre Verri, le vice-président de la Métropole au climat. Je pense qu’il est grand temps d’abandonner cette idée !
La sécurité doit redevenir une priorité à l’échelon intercommunal, car sans elle, aucun projet social ou économique n’est viable.
- Mettre fin à la densification brutale
Il faut rompre avec la logique du “toujours plus haut, toujours plus dense”.
À la place, nous devons :
- privilégier les petits collectifs bien intégrés au paysage,
- préserver les habitats et jardins individuels, parfois îlots de fraicheurs pour tout un quartier,
- garantir un ratio minimal d’espaces verts pour chaque nouveau logement,
- adapter la densité aux réalités du quartier, et non appliquer une règle uniforme. Que le projet immobilier ait pu être envisagé aux Javaux comme il l’a été en est la meilleure démonstration !
- Soutenir enfin les projets de rénovation et de réhabilitation de certains quartiers, pour qu’ils redeviennent attractifs.
Cette urbanisation plus humaine permettrait de préserver la qualité de vie, de réduire les tensions sociales, et de redonner de l’air à la ville.
- Développer une politique économique et énergétique responsable
La Métro doit mieux soutenir son tissu économique et énergétique.
En accompagnant les entreprises locales dans leurs efforts, nombreux, de transition énergétique, plutôt qu’en augmentant les taxes : rappelons qu’en 2024, la Métro a augmenté la Contribution Foncière des Entreprises de 3,5 points pour ponctionner 12.8 millions d’euros supplémentaires sur le dos des entreprises de l’agglomération.
En réinvestissant dans l’attractivité économique, le tourisme, afin de recréer de la richesse, car sans croissance locale, aucune baisse de la dette n’est possible. Malheureusement, la croissance, c’est un gros mot pour beaucoup d’élus de la majorité métropolitaine actuelle.
- De la proximité, enfin !
Les communes doivent s’approprier la Métro. Elles doivent faire entendre leur voix au sein de l’intercommunalité et défendre leurs choix devant les habitants. « C’est pas nous, c’est la Métro » est une excuse, une incantation que nous ne supportons plus !
Il nous semble indispensable que la Métropole déploie dans nos communes des pôles de proximité, et que nos élus municipaux soient les défenseurs des requêtes des habitants, quelles qu’elles soient, auprès des services municipaux et métropolitains.
Les élus métropolitains doivent aussi venir plus régulièrement devant les habitants pour expliquer leurs choix. Des réunions sont organisées en ce moment à Echirolles, mais nous pouvons regretter qu’il ait fallu attendre la campagne électorale pour que ces rencontres aient lieu.
Chers collègues,
Grenoble-Alpes Métropole mérite mieux que ce qu’elle subit aujourd’hui. Elle mérite une gestion plus saine et plus transparente. Elle mérite une politique de sécurité ambitieuse et courageuse. Elle mérite une urbanisation respectueuse de ses habitants et de son environnement. Elle mérite que les communes assument les choix qui sont faits dans cette instance au lieu de se défausser sur elle comme elles le font trop souvent. Les habitants de la Métropole méritent, eux, une Métropole à l’écoute, plus proche d’eux et de leurs préoccupations quotidiennes.
La gestion actuelle n’est pas une fatalité. C’est un choix qui est renouvelé à chaque conseil métropolitain. Et à chaque choix malheureux correspond une alternative plus intelligente, équilibrée et humaine.
En tournant le dos aux erreurs de la densification brutale, en assainissant nos finances, en rétablissant la sécurité et en réorientant nos priorités, nous pourrons retrouver le dynamisme et le rayonnement de notre écosystème grenoblois qui nous est cher.
Ne nous résignons pas. Nous pouvons changer de cap, si nous le voulons ensemble.
Je vous remercie.
